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Les effets de la crise pour les consultants

En abordant ce problème sous l’angle des effets de la crise, que les membres de l’ACAD connaissent bien, les architectes et l’ingénierie préconisent une maîtrise d’oeuvre unie.

C’est le point de vue que l’ACAD va aborder dans sa table ronde prévue le 30 mars prochain sur le thème de "la co-conception des projets d’aménagement urbains et territoriaux"


La maîtrise d’œuvre réagit face à la crise

Architectes, ingénieristes et économistes se heurtent à une diminution des taux d’honoraires conjuguée à une baisse du prix des travaux. Pour mieux résister, nombre d’acteurs prônent une maîtrise d’œuvre unie, qui apporte des réponses globales intégrant développement durable, nouvelles performances énergétiques et accessibilité pour tous.

"Environ 30% des architectes sont en difficultés financières. Cela signifie qu’ils sont en redressement judiciaire ou devraient théoriquement en relever." Ce constat inquiétant, fait par Philippe Klein, président de l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa), reflète la forte baisse d’activité de la profession et la concurrence acharnée. Ce dont témoignent Yves Ballot et Nathalie Franck, architectes à Bordeaux (prix de l’Equerre d’argent 2007) : "Avant la crise, un concours pour construire des équipements de 1500 à 3000 m2 dans des sites bien placés voyait se présenter 60 candidatures. Aujourd’hui, le même type de concours en génère 150.

Nous y trouvons des agences d’architecture que nous ne connaissions pas jusqu’ici. Certaines viennent du nord de la France, voire d’Allemagne."

L’herbe n’est pas plus verte du côté de l’ingénierie. Dominique Céna, président de la Chambre de l’ingénierie et du conseil de France Construction (CICF Construction), indique que "de nombreux bureaux d’études structure ont vu leur chiffre d’affaires baisser jusqu’à 30% en 2009. En particulier ceux positionnés sur la promotion privée dont l’activité a freiné brutalement".

Dumping : l’arme fatale

Partout les honoraires sont revus à la baisse. "Un major de la maîtrise d’ouvrage nous impose actuellement 2,5% d’honoraires sur un programme pour lequel nous avons déposé un nouveau permis de construire. Avant la crise, le taux était de 4%", regrettent Yves Ballot et Nathalie Franck. Et le phénomène semble encore accentué par les acteurs eux-mêmes.

Lionel Dunet, président du Conseil national de l’ordre des architectes, parle d’un "dumping suicidaire de la part de très nombreux architectes". Avec des rabais consentis jusqu’à 50% pour l’ensemble de la maîtrise d’œuvre (architectes, ingénieristes et économistes), les maîtres d’ouvrage s’interrogent sur la véracité des prix pratiqués jusqu’alors. "Le dumping est l’arme fatale de la crise, martèle Pierre Mit, président de l’Union nationale des économistes de la construction (Untec). Il décrédibilise le travail et nous entraîne dans une spirale de non-qualité."

La sanction est triple : baisse des taux d’honoraires, baisse des prix des travaux (qui constitue la base de calcul) "et les maîtres d’ouvrage nous demandent encore de trouver des économies dans leur projet !", déplore Christophe Bousquet, P-DG de l’ingénieriste Coplan. Ce qui entraîne une sous-rémunération de 20 à 30% de la maîtrise d’œuvre. Au point que "le lancement d’opérations pourrait s’accélérer pour profiter des prix bas avant leur remontée", estime Pierre Mit.

La baisse généralisée des honoraires de maîtrise d’œuvre intervient dans un contexte où les maîtres d’ouvrage en demandent toujours plus : performance énergétique, certifications HQE, BBC... "Pour répondre à ces demandes, les ingénieristes ont investi dans des outils de simulations thermiques dynamiques ou dans la maquette virtuelle, expose Alain Bentéjac, président de Syntec Ingénierie. Mais, au vu des niveaux de prix actuels, la maîtrise d’œuvre n’est pas encouragée à innover."

La tentation du repli sur soi

Face à cette situation difficile, les optimistes croient en une maîtrise d’œuvre unie. "La maîtrise d’œuvre s’adapte et ses composantes (architectes et ingénieurs) progressent en travaillant davantage main dans la main pour abaisser les coûts", détaille Christophe Bousquet. Les architectes Yves Ballot et Nathalie Franck vont même plus loin, prônant un rapprochement avec les entreprises. "Une co-conception qui associe l’entreprise assez tôt dans le processus d’élaboration du projet architectural est souhaitable. Elle permet notamment à l’architecte de mieux cerner les coûts et les délais de construction." Malheureusement, rien ne dit que la crise n’aura pas l’effet inverse, encourageant à l’individualisme et au repli sur soi. D’ailleurs, les discussions actuelles entre partenaires de la maîtrise d’œuvre sur les honoraires sont âpres. "L’Ordre s’inquiète de ce que la crise encourage l’atomisation de la profession (licenciement des collaborateurs architectes qui s’installent...) et la sous-traitance, rapporte Lionel Dunet. Or, avec l’accroissement de la complexité des projets, les architectes devraient se regrouper pour constituer des agences pluridisciplinaires fortes. Pour l’avenir, les architectes doivent inventer et développer de nouveaux modes de coopération entre eux et avec les autres partenaires de la maîtrise d’œuvre." Et Philippe Klein de conclure : "Si la crise conduit au repli sur soi, bon nombre d’architectes ne s’en relèveront pas. Si elle conduit à une prise de conscience, ils n’auront pas tout perdu."

Julien Beideler et Dominique Errard

L’intégralité de cette enquête, complétée par des témoignages d’ingénieurs et d’architectes, est à retrouver dans "Le Moniteur des Travaux Publics et du Bâtiment" n°5542 daté du 12 février 2010, pp. 14-16.

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2 Messages de forum

  • Je ne résiste pas à vous narrer ma dernière audition pour une mission d’urbaniste un chef d’un site PRU (accord cadre de 5 ans) dans une préfecture de province. C’était la semaine dernière. Ils étaient une bonne vingtaine à somnoler dans la pénombre du vidéo-projecteur. Le président du jury me donne 20 mn pour présenter notre proposition et 10 mn pour les questions éventuelles. Poli, il propose un tour de table pour que chaque membre du jury se présente, ça prend déjà 5 mn. J’essaie d’accélérer, mais il est difficile de présenter une équipe pluridisciplinaire en moins de 5 mn. Il ne me reste plus que 10 mn pour la méthodo. J’arrive à en intéresser 2 ou 3, un reccord. Pas de question, simplement une remarque sur un ton inquiet : cette dame trouve notre appoche "très opérationnelle" (faut-il rappeler qu’il s’agit d’une mission d’urbaniste en chef ?). En sortant je croise l’équipe - au grand complet - d’une star parisienne de grand renom. Je comprend que les jeux sont faits. Pour la petite histoire, le dossier de candidature a été envoyé en octobre. 10 équipes ont été préselectionnées et auditionnées. Lorsque j’ai demandé poliment quand ils pensaient prendre une décision, il m’a été répondu "assez prochainement". Dans les 3 dernières semaines, deux appels d’offres auxquels nous avions répondu (sur la même configuration, avec 10 équipes présélectionnées et audition) ont été déclarés sans suite après une attente de la réponse pendant plusieurs mois.

    L’effet de la crise ?

    Dominique DURAND AVANT-PROJET

    Répondre

    • Les effets de la crise pour les consultants 11 mars 15:44, par Patrice Dunoyer de Segonzac

      Merci Dominique, pour cette narration désopilante et (surtout) désolante. Nous avons maintenant à notre disposition (en tout cas les maîtres d’ouvrage publics) un arsenal juridique si complet et si complexe que selon un avocat spécialisé, la quasi totalité des marchés sont entachés d’irrégularité.

      Mais lorsqu’il s’agit de traiter de l’objet de notre métier (l’aménagement urbain au sens large) on peut dire que c’est souvent le désert.

      Répondre



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