Voilà une étude qui devrait balayer certaines idées reçues. Le saviez-vous ? 24 000 entreprises ont été créées par des migrants et personnes issues de la diversité en France, dont 73 % sans prêt bancaire (chiffres 2007 qui devraient donc être revus à la hausse pour 2009).
Ces données ont été publiées dans le cadre d’un colloque organisé par la Direction de l’accueil, de l’intégration et de la citoyenneté, l’Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances et l’Agence pour la création d’entreprises sur le thème : « Personnes migrantes, issues de la diversité ou des quartiers : quel accompagnement à la création d’activité ? ».
En voici les principaux résultats. L’étude révèle tout d’abord des aspects encourageants.
- Des projets de création d’entreprise dans tous les secteurs d’activité L’idée très réductrice selon laquelle les personnes migrantes, issues de la diversité ou des quartiers, se lancent uniquement dans des secteurs d’activité dits "ethniques" tels que des kebabs et pizzerias est erronée. Ils se diversifient et investissent aujourd’hui tous les secteurs économiques : informatique, innovation, bien-être, transport, service à la personne ou aux entreprises, etc.
- De nombreux projets en lien avec le pays d’origine Aider la famille restée au pays et saisir une opportunité d’affaires sont les motivations des porteurs de projet qui créent une activité en lien avec le pays d’origine. Ces initiatives peu connues cachent un potentiel important : le développement économique et social des pays d’origine, la valorisation des ressources interculturelles, le transfert de compétences.
Mais cette étude pointe surtout du doigt des difficultés accrues par rapport aux autres créateurs.
- La création, voie d’insertion économique et sociale Le chômage, l’inactivité et la précarité agissent comme des facteurs déclencheurs de l’acte d’entreprendre. L’entrepreneuriat apparaît alors comme un antidote pour contourner ces difficultés.
- Un besoin d’encadrement plus soutenu pour les femmes Les femmes migrantes, issues de la diversité ou des quartiers, restées inactives durant une longue période (chômage ou éducation des enfants) et qui se lancent dans la création d’une activité pour assurer leur propre emploi, peuvent manquer de confiance en leur capacité à réussir. Le besoin d’encadrement est alors plus soutenu. Elles bénéficient par ailleurs de nettement moins de prêts bancaires (29 %) et d’aides publiques (42 %) que les autres créatrices (respectivement 36 % et 49 %).
- Un faible recours à la formation professionnelle pour préparer le projet L’intérêt de suivre une formation est sous-estimé par le porteur de projet, qu’il soit migrant, issu de la diversité ou des quartiers, ou pas. Ce qui représente d’ailleurs l’une des principales causes d’échec des entreprises créées (taux de pérennité à 3 ans - 59 % contre 69 % pour les créateurs français). Seuls 24 % des créateurs étrangers hors UE déclarent avoir eu recours aux organismes d’appui spécifiques à la création d’entreprise (32 % pour les créateurs français). Les raisons évoquées ? Une méconnaissance des réseaux d’accompagnement et de la valeur ajoutée des services qu’ils proposent, y compris pour les projets les plus modestes.
- Un accès difficile aux crédits bancaires 27 % des créateurs étrangers hors UE bénéficient d’un prêt bancaire (38 % pour les créateurs français). 12 % font également état de la difficulté d’ouvrir un compte bancaire et 19 % de la difficulté d’obtenir un financement bancaire.
Suite à cette étude, les professionnels des réseaux d’accompagnement à la création ou à la reprise d’entreprise, ont proposé plusieurs pistes de travail afin d’améliorer l’accompagnement des entrepreneurs migrants, issus de la diversité ou des quartiers. Ils préconisent de poursuivre des études sur leurs parcours entrepreneuriaux pour mieux les connaître, d’améliorer l’accès de ces porteurs de projet à l’information et enfin d’adapter les process d’accompagnement à la création au plus près de la réalité et des besoins de ces entrepreneurs.
Par Valérie Talmon, le 17/12/2009