Le parc HLM se paupérise et joue le rôle d'amortisseur social
Le logement social joue un « rôle d'amortisseur social de premier plan » face à la crise, selon les économistes et sociologues bien que, depuis 30 ans, les locataires des HLM se « paupérisent » avec le départ des classes moyennes.
« 44% du quart le plus pauvre de la population se trouve dans le parc HLM en 2008 contre 13% en 1973″, souligne le rapport du conseil social de l'Union sociale pour l'habitat (USH) publié à l'occasion du 70e congrès qui a lieu jusqu'au 17 septembre à Toulouse.
« La mise en place du nouveau supplément de loyer solidarité (le surloyer pour ceux dépassant les plafonds de ressources, ndlr) risque fort d'accentuer rapidement ces tendances lourdes, qui vont à l'encontre de la mixité sociale des HLM », en poussant les plus aisés des locataires à aller dans le privé ou à devenir propriétaires, ajoute-t-il.
Selon l'USH, s’appuyant sur les enquêtes logements de l'Insee, « les ménages emménageant dans le parc HLM sont de plus en plus fréquemment parmi les plus modestes » et le « niveau de vie des ménages «entrant» dans le parc est bien plus faible que celui des «sortants» ».
Aussi les flux, notamment le départ des ménages parmi les moins modestes et leur remplacement par des ménages plus modestes, contribuent à expliquer le phénomène de « paupérisation » du parc HLM qui compte 4,2 millions de logements et accueille près de dix millions d'habitants.
« Socle de vie décent »
Or « la hausse du chômage, le durcissement de l'attitude des banques face aux clientèles plus risquées rendront plus lointaine la possibilité d'accéder à la propriété pour les jeunes actifs », estime Xavier Timbeau, directeur du département prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans la revue Habitat et société.
Pour lui, le secteur social du logement est donc « nécessaire pour maintenir un socle de vie décent à des populations menacées par la crise ».
« L'habitat social, par sa présence sur les territoires les plus en difficultés, est appelé à jouer un rôle d'amortisseur et de régulateur social de premier plan », confirme le sociologue Gérard Salmona.
Mais, pour le sociologue Michel Wieviorka, les dirigeants du mouvement HLM doivent pour cela « en finir avec la langue de bois qui trop souvent émaille leur discours » et « inventer des idées, des modes de réflexion, mettre en cause leurs catégories habituelles ».
Effort financier
L'USH est bien consciente du danger qui la guette. « Les loyers plus élevés de la nouvelle génération des HLM et une plus grande sélection des locataires conduisent potentiellement à un parc HLM à deux vitesses », avertit une étude qualitative d'image auprès du grand public réalisée pour l'USH.
D'un côté, « les grands ensembles dégradés pour les populations immigrées et les personnes en grande difficulté sociale », de l'autre « les petits ensembles récents et intégrés pour les populations actives et blanches ».
Or cette tendance risque de s'accentuer. « Dans les zones de marché tendu, il est devenu pratiquement impossible à des familles modestes d'accéder au logement locatif privé. La seule solution reste alors le parc locatif social, dont le volume actuel n'est à l'évidence pas suffisant pour les accueillir », affirme l'USH qui demande aux pouvoirs publics de ne pas relâcher son effort financier en sa faveur.
La Gazette 16 09 2009


